Les bons sentiments font leur retour pour contourner les problèmes de conscience que soulève la crise mondiale. Courrier International s'intéresse cette semaine à ce retournement des valeurs.
«On avait appelé les années 1980 les "années fric". Depuis, ça ne s’était guère arrangé. Beaucoup de gens n’étaient pas très heureux, mais ça ne faisait rien. On continuait. On regardait les cours de la Bourse grimper jusqu’au ciel. On enseignait aux plus jeunes à se battre. Le sport de haut niveau avait déteint sur toute une société. Pour arriver plus haut, les PDG s’offraient des coachs personnels. Et, surtout, on mettait la réussite au-dessus de toutes les valeurs. Sur le terrain politique, ce n’était guère mieux. Dans la foulée d’une Margaret Thatcher, on a vu arriver au pouvoir des hommes (et quelques femmes) décidés, pressés, agressifs (les exemples sont légion, de Poutine à Cheney). Puis vint le krach», résume le directeur de la rédaction de Courrier International Philippe Thureau-Dangin dans son éditorial pour expliquer le récent changement d'humeur.
Pourquoi s’interdire le plaisir de la gentillesse?, disent en cœur Adam Phillips et Barbara Taylor dans un article paru dans The Guardian. Ce psychanalyste et cette historienne britanniques nous invitent à réhabiliter cette disposition d’esprit si précieuse. «La gentillesse, disait l’empereur et philosophe romain Marc-Aurèle, est "le plus grand plaisir" de l’être humain. Penseurs et écrivains ont abondé dans ce sens pendant des siècles, mais aujourd’hui beaucoup de gens trouvent ce plaisir incroyable ou du moins hautement suspect. On en est venu à penser l’être humain comme étant dépourvu de générosité naturelle. Nous sommes pour la plupart convaincus qu’en tant qu’espèce nous sommes profondément et foncièrement hostiles les uns aux autres, que nos motivations sont égoïstes et nos élans d’affection des formes de protection. La gentillesse – et non pas la sexualité, non pas la violence, non pas l’argent – est aujourd’hui notre plaisir interdit. Pourtant, nous la désirons toujours, en sachant qu’elle crée la sorte d’intimité, la sorte d’implication avec l’autre dont nous avons à la fois peur et terriblement besoin. En sachant que c’est la gentillesse, à la base, qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue et que tout ce qui va à son encontre est un coup porté à nos espoirs.»
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