[ philo91 ]

Publié le mardi 6 janvier 2009

[ Mardi 6 janvier 2009 ]

Les valeurs communes dans les démocraties modernes P91

Plus précisément, il s'agit d'une tentative de réponses à une inquiétude quant à la place que doivent occuper les valeurs dans la cohésion d'une société

Il s'agit d'une tentative de réponses à une inquiétude issue, au Québec comme dans la plupart des sociétés occidentales, des milieux majoritaires quant à la place que doivent occuper les valeurs dans la cohésion d'une société. On se trompe fortement lorsqu'on réduit une telle préoccupation à une question d'intégration des immigrants. Ce sont les majorités qui s'inquiètent aujourd'hui de leur cohésion, non les minoritaires de leur intégration.

L'inquiétude de la solidarité

Il y a pourtant de bonnes raisons de penser que l'interrogation derrière la question des valeurs communes est une question légitime. Le droit et le marché sont des mécanismes insuffisants pour donner une épaisseur au lien social. Or, une telle épaisseur s'avère essentielle à la bonne marche de nos démocraties, de façon à assurer une cohésion sociale et un sentiment de solidarité citoyenne.

Il est généralement admis que l'affaiblissement des institutions, qui assuraient la cohésion sociale et le sentiment d'appartenance, s'est accompagné d'une dilution de la solidarité citoyenne. La crise de l'État providence, qui est une crise d'engagement citoyen, est concomitante avec la généralisation dans nos sociétés des logiques du droit et du marché. Pour accepter qu'une large part de mon revenu soit redistribué à mes cocitoyens pour l'éducation, la santé, les services publics, etc., je dois avoir le sentiment que je partage avec eux quelque chose de plus qu'une loi commune. L'érosion des valeurs communes participe à creuser un déficit de solidarité, déficit constaté partout dans les démocraties contemporaines.

 

 

Si la question derrière l'interrogation des valeurs est légitime, la proposition de vouloir l'imposer dans une déclaration signée par les nouveaux arrivants est-elle pour autant valable?

 

Le problème réside plutôt dans la façon de définir les valeurs communes qui participent à construire la cohésion sociale d'une société. Le document de la ministre James les réduit à trois: le français comme langue commune, l'État de droit démocratique, qui renvoie au pluralisme et à l'égalité homme-femme, et la laïcité des institutions publiques. Pas très «made in Quebec», ces valeurs, à l'exception de celle du français, défini ici comme langue de communication et non comme langue de culture.

C'est pourquoi il est ironique de condamner le document de la ministre James au nom d'un crime contre la démocratie. Il serait plus juste de dire que son document est un coup d'épée dans l'eau qui demande à l'immigrant de signer ce que déjà il fait en acceptant de se soumettre à la loi commune.

 

 

S'il s'avère légitime de poser la question des valeurs communes qui assurent la solidarité citoyenne mais impossible de codifier celles-ci sans leur enlever toute substance, que faire?

Il faut cesser de penser que l'on pourrait arriver à les définir une fois pour toutes et ainsi les inscrire dans un document fondateur que chaque citoyen vénérerait comme un catéchisme. S'il existe des valeurs québécoises, au-delà des abstractions juridiques de la modernité, celles-ci se présentent plutôt comme un ensemble en conflit inscrit dans une nébuleuse: un espace public forgé par une tradition nationale. Ce qui distingue une société démocratique d'une autre, ce ne sont pas ses valeurs proprement dites, mais la manière dont elles sont historiquement débattues dans un tel espace.

C'est pourquoi il est préférable, pour qui croit à la légitimité de la question des valeurs, de moins chercher à les définir que de favoriser les lieux institutionnels -- ce qui s'appelle une communauté politique -- qui structurent un tel espace. Favoriser le développement d'un espace public citoyen, investir dans les institutions culturelles publiques -- en premier lieu l'école publique --, maintenir l'histoire nationale dans le curriculum sont parmi d'autres des moyens beaucoup plus efficaces, pour vivifier les valeurs communes, que de tenter de préciser leur quintessence dans une charte ou un quelconque code de vie. Partout, le déclin des valeurs communes a correspondu au déclin des institutions qui garantissaient le processus de leur pérennité.

http://www.ledevoir.com/2008/12/27/224919.htm l

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[ publié par jeromet le 2009-01-06 12:40:21 ]

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