En soignant le jardin...P91
" Dans toute action tendant à soulager les souffrances des autres on peut voir la mise en pratique de l'idéal du Bodhisattva , exprimé dans tant de textes majeurs. Que l'on soit en bonne santé ou malade, un présupposé demeure que l'on peut exprimer ainsi : il n'est d'autre moyen de se soigner soi-même que de soigner autrui, et nul espoir de soigner autrui si l'on ne se soigne pas soi-même. L'Hôpital est le lieu où l'on se rend pour recevoir des soins mais qu'y donne-t-on ? Bien sûr il n'est pas question de s'intituler médecin et de se mettre à soigner sans en avoir les qualités, cela pourrait être très dangereux. Mais d'une certaine manière pourtant, nous avons tout autant besoin de donner que de recevoir. Alors en << soignant >> le jardin et les milliers d'êtres qui l'habitent, peut être saisira-t-on la chance de tenter une sortie salutaire de soi, d'entretenir un échange fructueux. En soignant, le soigné se soigne ! Cette activité doit demeurer légère, modeste, presque invisible. Ici rien ne sert de forcer le temps. Je pense aux très belles pages de Gilles Clément sur son << jardin en mouvement >>. Quant à ceux qui cherchent à appliquer le Dharma dans leur vie, on peut, à l'instar du maître vietnamien Thich Nhat Hanh qui en a fait une pratique au << Village des pruniers >>, leur recommander de partager ainsi leur activité. N'est-ce pas une excellente occasion d'être attentif à ne pas tuer, même de tout petits animaux, de pratiquer la générosité en admettant qu'une partie de sa récolte soit un cadeau pour ces milliers d'êtres, d'exercer sa patience, car on le sait, rien ne sert de tirer sur l'herbe pour la faire pousser ! Bref, on peut ici conclure une paix dont on perçoit les prémisses dans la contemplation méditative! Maître Eckhart n'affirmait-il pas que << ce que l'on acquièrt par la contemplation doit être restitué en amour >>."
Anne Ribes, extrait d'un entretien avec Françoise Bonardel in La contemplation de la nature, Connaissance des Religions No 67-68, Dervy 2003, ISBN 2-84454-247-6
Note : Infirmière et jardiniste Anne Ribes organise avec son mari Jean-Paul Ribes des jardins pour des enfants en difficultés psychologiques, pour des personnes âgées hospitalisées : une expérience prometteuse.