[ philo91 ]

Publié le mardi 4 novembre 2008

[ Mardi 4 novembre 2008 ]

La comédie de l'ère des communications P91

En suivant Montaigne, nous savons que la plus grande chose du monde, c'est de savoir être à soi)

Pourquoi, soudainement, la planète entière a ce besoin d'être en contact avec tout ce qui l'entoure? Pourquoi avoir ce besoin d'être joignable à tout moment? Est-ce la preuve d'une vie si pauvre? Est-ce le signe d'un vide existentiel effarant? D'avoir ce besoin pathologique de communiquer avec quelqu'un constamment, est-ce là une incapacité à se parler à soi-même?

On dira que le portable et tous les autres gadgets sont des façons de se rapprocher d'autrui, qu'à trop vouloir se replier en soi, on finit par fuir autrui beaucoup plus que quelqu'un qui communique. Vraiment? En face de moi, une table avec trois personnes. Pendant une heure, ces trois personnes ne se sont pas parlé pour plus de dix minutes. Une femme était sur son portable, les deux hommes étaient rivés à leurs baies électroniques. Voilà la comédie de l'ère des communications.

Communiquer à tout prix avec n'importe qui, voilà le mot d'ordre. C'est la fameuse sentence de Hegel: ma conscience cherche l'approbation d'autrui pour exister. Nous en sommes là. Se sent-on important lorsqu'on peut être joint n'importe quand? J'imagine. Plus notre appareil sonne, plus on se glorifie que les autres aient besoin de nous ou que nous ayons beaucoup d'amis, bref qu'on soit indispensable. Sur un écran de deux pouces, les gens se rassurent en observant leur profil dans Facebook et les centaines de contacts. De là une glorieuse preuve de leur existence.

Montaigne parle de ses trois commerces, il écrit: «J'aime mieux forger mon âme que la meubler.» Ça revient à dire, entre autres, que je dois être capable de me divertir moi-même, que je dois être capable de me créer un être et non simplement remplir un vide.

Bien sûr. Les gens se parlent. Mais comment? Dis-moi comment tu parles et je te dirai qui tu es. Petite différence entre bavarder pour confirmer une existence et converser pour créer son soi. Écrivent-ils? Je ne pense pas. Ce ne sont pas des textes que ces gens écrivent mais des messages codés, des abréviations, des bouts de mots et d'expressions. On dira que c'est une forme de langage, je dirai que chaque mot réduit à quelques lettres est une sensation perdue.

En vérité, je vous le dis, vous ne trouverez rien sur cet écran qu'il n'y ait déjà en vous. Amen.

http://www.ledevoir.com/2008/10/25/212509.html

[ publié par jeromet le 2008-11-04 10:55:52 ]

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