L'islam.
Mais pas n'importe quel islam: celui du soufisme, courant mystique et ésotérique qui permet d'« apprendre le sourire des roses », selon les mots d'un poème soufi.
Le soufisme enseigne une doctrine selon laquelle « toute réalité comporte un aspect extérieur apparent (exotérique ou zahir) et un aspect intérieur caché (ésotérique ou batin) » (1). Il se caractérise par la recherche d'un état d'« ivresse » spirituelle qui donne accès à cette connaissance cachée.
On est ainsi initiés, par l'intermédiaire d'un maître spirituel, aux pratiques qui permettent de renoncer à la conscience habituelle des cinq sens afin de parvenir à l'« extinction » (al-fana), c'est-à-dire le sacrifice de l'« ego » qui laisse place à la présence de Dieu en l'homme. « Le soufisme, c'est que Dieu te fasse mourir à toi-même et vivre en lui », a dit Jonayd,
Pour parvenir à cette extase mystique, l'exercice spirituel privilégié par les soufis s'appelle dhikr. Il consiste à invoquer de façon répétée et rythmée le nom de Dieu (Allah)Il existe d'autres pratiques hypnotiques, telles que le chant et la danse. La confrérie des derviches tourneurs, que l'on retrouve en Iran et en Turquie, est sans doute la plus connue du grand public.
« Tu n'es pas ce corps, tu es cet oeil spirituel... ce que l'oeil de l'homme a contemplé, il le devient. »RUMI
Le soufisme se démarque de l'islam traditionnel dans son rapport avec les autres religions. « Pour le soufi, les religions du monde sont issues d'une même unité divine, tous les êtres sont des frères, car ils sont essence de Dieu »
Parmi les grands mystiques du soufisme, on retrouve Ibn El Arabi. La grande lumière du soufisme (la mystique de l'Islam). Il a vécu un état d'union à la source intérieure d'une extrême hauteur et d'une grande intensité. C'est ici en particulier qu'on voit combien une telle conscience n'est ni exprimable ni transmissible, surtout au moyen de textes.
« Lorsque tu te connais, ton ego illusoire est enlevé et tu n'es pas " autre qu'Allah! "…Autrement dit : " Connais-toi toi-même " ou " Connais ton être " signifie " sache que tu n'es pas " Toi " alors que tu l'ignorais. »
« Tu n'es qu'une bulle d'écume dans ce fleuve battu par la tempête; une fois que tes yeux seront ouverts le monde t'apparaîtra un rêve. »
« De l'amour nous sommes issus. Selon l'amour nous sommes faits. C'est vers l'amour que nous tendons. À l'amour nous nous adonnons. »
Un autre grand mystique, Rûmi
Il vécut l'intériorisation, sous la direction d'un maître et au sein d'une confrérie, les Derviches tourneurs. Cet homme, qui connut tous les risques inhérents à son siècle, vivait cependant dans une sérénité inébranlable. C'était un homme universel, qui voyait toutes les traditions comme une seule. Sa vision, qui était d'une grandeur étonnante, pourrait éclairer notre propre compréhension du monde et de nous-mêmes.
En effet, ce contemplatif a devancé les recherches les plus récentes de la science. Il affirmait déjà que si on coupait un atome on y trouverait un système solaire en miniature, une sorte d'explosion nucléaire :
" Il est un soleil caché dans un atome : soudain cet atome ouvre la bouche. Les cieux et la terre s'effritent en poussière devant ce soleil lorsqu'il surgit de l'embuscade. "
Il parlait également de la pluralité des mondes avant les physiciens du 16e siècle, et savait que ce n'est pas le Soleil qui tourne autour de la Terre mais l'inverse, ajoutant que chaque habitant de cette petite planète Terre est soumis aux influences des astres.
Selon lui, le mystère de la nature est tout entier exprimé dans la forme humaine : elle surgit du plus lointain passé de la planète et porte en elle toute la destinée de l'Univers infini. Pour Rûmi, l'histoire entière du monde sommeille en chacun de nous. Il croyait du reste que l'évolution serait sans fin.
« Nous sommes dans cet état [celui du fœtus]. L'autre dimension des choses, nous la connaissons soit par la mort, qui est une nouvelle naissance, soit par l'émerveillement qui est aussi une naissance, soit par l'ouverture mystique qui est peut-être la plus grande aventure humaine. »
« Ici, l'entendement devient silencieux, sinon il induit en erreur; car la cœur est avec Dieu, ou plutôt, le cœur c'est Lui. »
« L'homme est un œil ; la vision est en toi la seule chose qui compte; transforme ton corps tout entier en vision; deviens regard, deviens regard. […] L'oreille est une entremetteuse, seul l'œil connaît l'union. »