Mai 68, ou le triomphe de l'individualisme
Christian Rioux
Car l'individualisme n'exclut pas la morale, dit-il. «L'individualisme rejette les structures traditionnelles. Mais ce n'est pas l'égoïsme non plus. Jamais les sociétés n'ont été aussi altruistes. Jamais la famille ne s'est aussi bien portée. Évidemment, on divorce parce qu'on a fondé la famille sur l'amour. Mais, aujourd'hui, tout le monde veut se marier, même les prêtres et les homosexuels. Quant aux enfants, ils sont chéris comme jamais. Jamais le caritatif et l'humanitaire n'ont été aussi développés. Jamais on n'a été aussi soucieux des autres qu'aujourd'hui.
«C'est avec l'individualisme qu'est né le regard décolonisateur. Jamais les droits de l'homme n'ont été une religion laïque aussi puissante qu'aujourd'hui. La société contemporaine, c'est la reconnaissance de l'altérité des cultures jusqu'au politically correct. Constamment, du matin au soir, on s'interroge sur les pauvres, les handicapés, l'antiracisme, l'échec scolaire.»
Si le capitalisme déconstruit la figure traditionnelle du sacré, il en réinvente une nouvelle, dit Ferry. «Un sacré à visage humain.» Un sacré dont Mai 68 a probablement été aussi l'expression.
http://www.ledevoir.com/2008/05/26/191350.htm